Histoire:

Florido

 

La région d’Al Hoceima fut longtemps difficile d’accès ; jusqu’en 1959 d’ailleurs, cette ancienne « Zone Nord » occupée par l’Espagne, était pauvrement desservie. Depuis, un important effort d’aménagement a permis d’élargir l’axe Chefchaouan-Al Hoceima-Melilla, qui est devenue une route forte agréable.

 

Mais au moyen-age l’isolement de toute cette région était réel ; Au point qu’elle fut presque totalement coupée du Maroc, et qu’un éphémère petit royaume, l’EMIRATE DU NEKOR, y vit le jour.

 

Au XVIIeme siècle, la position privilégiée de ce qui plus tard deviendra Al Hoceima. La ville que nous connaissons aujourd’hui ne fut fondée qu’en 1920. Avant son occupation par l’Espagne, la zone d’Al Hoceima était connue sous le nom de « TAGHZOUT », qui signifie terres agricoles fertiles.

 

En 1926, le roi d’Espagne ALFONSO XIII, lors d’une visite qu’il a effectuée dans la région, lui a donné le nom de « VILLA SANJURJO » à la mémoire du général espagnol SANJURJO, qui a occupé cette région. Elle conserva cette appellation jusqu’à 1936, date à laquelle on lui a substitué le nom « AL KHOZAMA », sorte de plante très répandue dans les environs de l’îlot NECKOR. A l’indépendance le nom de la ville devient AL HOCEIMA.

 

 

La région d’Al Hoceima fut longtemps difficile d’accès ; jusqu’en 1959 d’ailleurs, cette ancienne « Zone Nord » occupée par l’Espagne, était pauvrement desservie.

 

Mais au moyen-age l’isolement de toute cette région était réel ; Au point qu’elle fut presque totalement coupée du Maroc, et qu’un éphémère petit royaume, l’EMIRATE DU NEKOR, y vit le jour.

 

Au XVIIeme siècle, la position privilégiée de ce qui plus tard deviendra Al Hoceima. La ville que nous connaissons aujourd’hui ne fut fondée qu’en 1920. Avant son occupation par l’Espagne, la zone d’Al Hoceima était connue sous le nom de « TAGHZOUT », qui signifie terres agricoles fertiles.

 

 

En 1926, le roi d’Espagne ALFONSO XIII, lors d’une visite qu’il a effectuée dans la région, lui a donné le nom de « VILLA SANJURJO » à la mémoire du général espagnol SANJURJO, qui a occupé cette région.

 

Elle conserva cette appellation jusqu’à 1936, date à laquelle on lui a substitué le nom « AL KHOZAMA », sorte de plante très répandue dans les environs de l’îlot NECKOR.

 

A l’indépendance le nom de la ville devient AL HOCEIMA

 

 

C est un piege linguistique qui consiste a croire qu'alkhozama (la lavande) est à l'origine du nom d'Al Hoceima, tout simplement parce que cette plante était très abondante sur le site de la ville et ses environs.

 

 

Les Espagnols qui ont fondé Al Hoceima sur le site appelé tijdit (terre sableuse) sur une partie de la presqu'île, l'ont appelée Villa Sanjurjo à partir d'avril 1926 jusqu'à l'indépendance sauf de 1932 à 1936 où elle portait le nom de Villa Alhucemas(1).

 

Sanjurjo était le général qui avait dirigé le débarquement de l'armée espagnole dans la région. Mais au début de l'indépendance, et à l'instar d'autres villes dont on a changé le nom comme Port-Lyautey, Petitjean, Louis Gentil…(respectivement: Kenitra, Sidi Kacem et Youssoufia), il fallait bien changer celui de «Villa San Jurjo» qui, en plus d'être étranger, rappelait aux marocains le mauvais souvenir du débarquement sus cité et de la colonisation espagnole.

 

L'état a alors choisi «Al Hoceima» qui viendrait, dit-on, d'alkhozama. Pourtant, n'est-il pas plus logique et plus sensé de chercher l'origine en faisant le rapprochement avec le toponyme espagnol« Alhucemas »? l'histoire, l'étymologie et la topographie de la région renforcent cette thèse à plus d'un titre d'ailleurs.

 

En fait, Le terme «Alhucemas» est antérieur à sa variante marocaine «Al Hoceima». Les Espagnols ont utilisé ce vocable pour désigner la baie et les îlots(2) de Nokor (ou d'Almazemma) qu'ils appellent encore de nos jours «Los peñones de Alhucemas» (Les rochers d'Alhucemas). Et la ville elle-même ne l'ont- ils pas appelée- comme il est cité plus haut- «Villa Alhucemas»? Ce nom (Alhucemas) n'est, en effet, que le résultat d'une déformation espagnole continue de celui de la ville d'Almazemma indiquée, à juste titre, sur les cartes espagnoles du XVIème siècle par le vocable «Almazimas». Remarquons la ressemblance entre ce dernier et le nom marocain par la présence de l'article arabe «al» au début, le «z» et le «m» bien qu'il y ait un changement.

 

Les îlots d'Almazemma, quant à eux, étaient indiqués au XVIIème par le terme «Albouzaines»(3) qui serait une autre déformation (changement de sons concernant voyelles et consonnes). Cependant, il est à souligner sa ressemblance avec Almazimas par la marque du nombre (le «s» du pluriel), la présence du même article arabe «al» au début et celle du «z» ainsi que le «m» devenu «n». Au XIXème, le plus grand îlot et la baie s'appelaient déjà Alhucemas(2).

 

 

En outre, la prononciation du terme Almazemma en dialecte rifain amazigh «remzemmeth» montre qu'il s'agit d'un nom singulier féminin mais irrégulier puisqu'il a un seul «t» (celui de la fin) pour marquer le genre. Le nom veut dire «enregistrement» ou «lieu d'enregistrement», dérivé du verbe «zemmem» (enregistrer). A ce stade, la question qui s'impose est: le lieu servait à enregistrer quoi? Et là on ne peut s'empêcher de penser aux marchandises, donc au rôle commercial que jouait le port d'Almazemma qui était au début sur l'île(4) Nokor appelée aussi par certains historiens Almazemma(5). Ce port était le plus proche de la ville de Nokor, la nouvelle capitale des Bani Saleh, située alors à douze kilomètres au sud de ce port. Devenu plus grand sur le site en face de l'île, donc plus important pour l'émirat, il est qualifié de port de Nokor(4).

 

Mais c'est l'île qui est à l'origine du nom de la ville(4) grâce, sans doute, à la fonction remplie au tout début du port embryonnaire. Le port est ensuite suffisamment florissant à l'échelon commercial et maritime puisqu' il est qualifié de «plus important centre maritime sur la méditerranée entre Mlilia et Sebta»(4). L'émirat s'en inspira sur le plan toponymique de la ville devenue un centre urbain important sur le plan religieux, culturel, architectural et militaire (6 ). Et après la destruction de Nokor, Almazemma est devenue plus importante(7) au point de donner son nom à l'oued(8).

 

 

«Enregistrement» pourrait renvoyer également à la fonction que remplissait le «Ribat Nokor» comme premier centre religieux et culturel des Bani Saleh dans la région(9) pour le prêche, les études et peut-être la conversion à la nouvelle religion (avant de devenir également un centre commercial et militaire). Le Ribat était construit à l'endroit dit Agdal, où se rencontraient les oueds Nokor et Ghiss avant l'estuaire, donc pas loin de la ville d'Almazemma,(6) si cette dernière ne l'avait pas intégré à son tissu urbain surplombant l'île, le port et le bassin(6). Tous ces facteurs jumelés à celui de la proximité des îles du site de l'ancienne ville (mais également de l'oued)

rend la thèse d'Almazemma plus acceptable que la version d'Alkhozama.

 

 

 

Chronologie De L'histoire Du Rif:

 

Ve av. JC - Les Phéniciens font leur apparition sur les côtes atlantiques du Maroc et y créent des comptoirs : Liks (Larache), Tingi (Tanger), plus tard Tamuda (Tétouan). Ils seront remplacés par les Carthaginois

IVe av. JC – Création d’un royaume de Maurétanie au nord du Maroc actuel par des tribus berbères. Sa capitale est Volubilis.

IIe av. JC – Début de l’influence romaine : une brillante civilisation berbéro-romaine se développe. Les rois berbères restent en place.

25 av JC-23 ap. JC – Règne de Juba II, le plus célèbre des rois de Maurétanie. Il réside à Volubilis.

40-42 ap. JC – Conquête de la Maurétanie par les armées romaines. Elle sera divisée en deux provinces : à l’ouest, la Tingitane, avec pour capitale Tingis (Tanger); à l’est, la Césarée (sur territoire de l’Algérie actuelle). Les Berbères du Rif et de l’Atlas conservent leur indépendance.

IIIe siècle – Christianisation de la Maurétanie, bien que Rome ne contrôle plus qu’une petite région au nord-ouest du pays.

429 – Passage des Vandales qui mettent fin à la présence romaine. Les cités latines se maintiennent, mais il n’y a plus de pouvoir structuré.

533 – Les Byzantins s’installent à Ceuta et à Mogador (future Essaouira) et occupent une partie de la région.

1399: Henri II de Castille envahit Tétouan

1415 : Don Jaolo 1er occupe Ceuta

1437 : Attaque de Tanger par les Espagnols ; le nord du Maroc passe sous le contrôle des Beni Ouattas

1471 : Prise de Tanger et d'Azila par les Portugais

1459 : Attaque de Larache

1457 : Occupation de Melilla

1506 : Prise espagnole du rocher de Velez, puis des villes de Balkis et de Badis

1509-1659 : Dynastie des Saadiens qui occupent en 1526 le Touat (région du Sahara Algérien) et une partie de l’Afrique

1522 : Les Rifains enlèvent le Penon de Velez aux espagnols

1531: Les Rifains reprennent R’assaça aux Espagnols

1529-1578 : Débarquement et installation française à Larache



1610: Prise de Laraiche par les Espagnols

1578 : Bataille dite des trois rois (oppose les forces marocaines aux forces portugaises). Mort de Al Moutaouakil (prétendant au trône marocain) et du sultan Abdelmalek.

1659 : Intronisation de la dynastie des Alaouites

1664 : Catherine de Bragance apporte Tanger en dot à l’Angleterre

1672-1727 : Règne de Moulay Ismael

1673 : Prise espagnole du rocher de Nekour au large d’Ajdir

1681 : Amar Ben Haddou Ar-Rify et son armée rifaine assiègent d'Al Mahdya et finissent par s'emparer de la ville

1684-1694 : Occupation anglaise de Tanger

1684 : Les rifains sous le commandement d' Ali ben Abdallah Ar-Rify chassent les Anglais de Tanger et s'installent dans la ville

1689-1690 : Occupation espagnole de Larache et de Asilah

1691 : Reprise d'Asilah par les Rifains. Ahmed Ben Haddou met le siège devant Ceuta pendant que son cousin Ali ben Abdallah Ar-Rify parvient à s’emparer d’un fort à Badis

1712 : Mort d'Ali ben Abdallah Ar-rify, son fils Ahmed Ben Ali Ar-Rify lui succède comme Pacha de la ville de Tanger

1727 : Les Tétouanais se soulèvent contre le pouvoir rifain

1738 : Tétouan est soumise par le Pacha Ahmed Ben Ali Ar-Rify qui étend ainsi son pouvoir sur tout le rif occidental .


1739 : Le Pacha Ahmed s’allie avec Le sultan al Mustady détrôné par son frère et entre ouvertement en rébellion contre le nouveau sultan .


1743 : Bataille d'Al-Manza entre le pacha Ahmed et l'armée du sultan Abdallah - Mort du pacha Ahmed Le Sultan Abdallah s’installe à Tanger durant quarante jours , s'accapare les richesse Ahmad Ar-Rify et persécute sa famille .

1747 : Le Pacha Abd al-Karim ben Ali Ar-Rify succède à son défunt frère. Les rifains de Tanger chassent Al Mustady

1766 : Le sultan Mohammed doit faire face à une grande révolte dans le Rif. Accusé d’en être l’inspirateur le Pacha Abd ac-cadoq Ar-Rify (fils du pacha Ahmed et successeur du pacha Abd al- Karim ) est arrêté , sa famille et tous les rifains influents de Tanger exilés. Le sultan établit à Tanger une garnison de abids chargée de surveiller et de contenir les rifains .

1811-1817 : Révolte montagnarde ; les rifains sont défaits en 1813 mais les gens du moyen atlas parviendront à battre le sultan alaouite en 1817
 

1912 : Mort d’Ameziane et fin de la guerre hispano-marocaine
1913 : Mohamed Ben Abdelkrim est fait chevalier de l’ordre d’Isabel la Catholique

1914 : Mohamed Ben Abdelkrim devient cadi des tribunaux de Melilla

1915 : Mohamed Ben Abdelkrim blessé est arrêté à Melilla puis emprisonné

1917 : Les biens du Cadi Abdelkrim sont ravagés, il décide de retourner à Melilla
1917 : Agitation dans le Souss

1918-1919 : M’Hammed et Mohamed Ben Abdelkrim rentrent à Ajdir.

1919 : La France propose l’achat du Rif à l’Espagne

1920 : Mort du Cadi Abdelkrim. Le général Sylvestre se rend à Anoual pour maîtriser le soulèvement impulsé par Abdelkrim

1921 : Abdelkrim devient le chef de l’armée des combattants du Rif. Le 22 juin

22 juin 1921 : la bataille d’Anoual se solde par une écrasante victoire des Rifains. Quelques 20 000 soldats espagnols sont tués et des milliers sont faits prisonniers

1921-1927 : Utilisation massive par l’armée espagnole du phosgène, du diphosgène, de la chloropicrine et, surtout, de l’ypérite, un produit plus connu sous le nom de gaz moutarde

1922 : Voyages de délégation Rifaines en France et en Angleterre
 

1923 : Proclamation de la République du Rif

1924 : Blocus français du Rif ; avance française dans l’Ouergha ; prise de Chaouen par l’armée du Rif
1925 : Attaque Rifaine dans l’Ouergha.
Seconde guerre franco-rifaine

25 mai 1926: le chef berbère Abdelkrim se rend aux troupes françaises, mettant un terme à cinq ans de lutte anticoloniale dans le Rif. Il est exilé sur l’île de la Réunion.
Création de la ville d’Al Hoceima par les Espagnols

1931 : Mort à la Réunion de la mère d’Abdelkrim
1947 : Départ d’Abdelkrim de la Réunion, il est accueilli en Egypte
1945-1950 : Abdelkrim préside au Caire le Comité du Maghreb

1953 : Mort du d’Abdesselem El Khattabi (frère d’Abdelkrim)

1958-1959 : Emeutes des Rifains en signe de contestation la contre marginalisation et l’abandon auxquels ils sont voués. Ces émeutes ont créé chez Hassan II la conscience d’un risque qu’il fallait mater pour la survie du régime. Ce serait avec une aberrante complaisance que des milliers de civils seront massacrés
1960 : Mohamed V rencontre Abdelkrim au Caire

Juin 1965: Emeutes populaires sévèrement réprimées, le roi suspendit le Parlement et assuma les pleins pouvoirs, occupant également la fonction de Premier ministre
1960-1990 : Années de plomb au Maroc, violentes répressions dans le Rif, exactions et graves entraves aux droits de l’homme commises sous le règne de Hassan II

1963 : Mort de Mohamed Ben Abdelkrim El Khatabi
1981 : Emeutes dues à la hausse du prix des denrées de base
Janvier 1984 : Le Maroc connaît une vague d'émeutes qui éclatent de nouveau contre la hausse des prix des produits alimentaires de base. Ces émeutes seront également causées par les mesures prises par les autorités locales pour limiter la contrebande dans l’enclave
espagnole de Melilla et le trafic de cannabis dans toute la région du nord

Décembre 1990 : Une nouvelle vague d’émeutes nées à Fès se propagent à Tanger, Tétouan et Al Hoceima. Les sources officielles font état de 40 morts alors que les sources officieuses parlent de plus d’un millier de victimes pour la seule ville de Fès

Octobre 2001 : Discours d’Ajdir et promulgation du Dahir portant création de l’IRCAM

24 février 2004 : Séisme sans précèdent à Al Hoceima ; environ 700 morts et un millier de blessés

A partir du 21décembre 2004 : Auditions par l’IER (Instance Equité et Réconciliation) des victimes des exactions des années de plomb

On construit l'avenir sur la force de son Histoire…

 

 

Les guerres coloniales du Rif:

 

Par Mourad Akalay

Dans son dernier livre intitulé « En el barranco del lobo - las guerras de Marruecos » (dans le ravin du loup - les guerres du Maroc) publié récemment par les éditions « Alianza Editorial », l¹historienne Maria Rosa de Madariaga revient sur les événements tragiques qui marquèrent profondément la mémoire collective des Espagnols tout au long du premier quart du siècle dernier. D¹entrée de jeu, l¹historienne a choisi son camp, celui de la lutte anticoloniale, de la paix et de la démocratie. Elle ne mélange pas les genres, entre rébellions d¹aventuriers tels Bouhmara ou Raïssouli et la résistance des tribus rifaines à l¹occupation coloniale, qui, d¹ailleurs, combattirent sans répit ces deux imposteurs. Ainsi fait-elle une nette distinction entre les prises d¹otages de civils commises par Raïssouli en tant qu¹actes de brigandage, et celles opérées par la résistance rifaine qui elles, constituaient bien des actes de guerre en réponse d¹ailleurs aux prises d¹otages perpétrées par la « Police indigène ».

Le ravin du loup

Le « ravin du loup » se situe à proximité de Mélilia, sur le territoire des Guelaya où se retrouvent confédérées les cinq tribus : Mazouza, Bni Sicar, Bni Bou Ifrour, Bni Bougafar et Bni Sidel. C¹est aussi le nom de la première vraie bataille livrée en 1909 par les insurgés rifains sous l¹autorité du chérif des Bni Bou Ifrour, Mohamed Améziane, avec, pour théâtre des opérations, le chantier de construction de la voie ferrée devant permettre l¹exportation du minerai de fer par le port de Mélilia. Ce projet qui n¹avait d¹ailleurs pas reçu l¹aval du sultan, ne jouissait pas non plus de l¹accord des tribus Guelaya qui menaient sans arrêt leurs assauts jusqu¹à interrompre à plusieurs reprises le chantier. Ces escarmouches répétées de la guérilla rifaine qui faisaient à chaque fois des dizaines de victimes, culminèrent près du « ravin du loup » en bataille rangée avec une armée espagnole forte de 17.000 hommes, où l¹on ne dénombra pas moins de 2.235 victimes dont 358 morts parmi lesquels un général et de nombreux officiers d¹état-major. Loin de s¹arrêter, les combats se poursuivirent avec forts renforts de troupes sur le front du Kert, se soldant à nouveau par 1.538 victimes dans les rangs de l¹armée espagnole dont 414 tués, et ce, jusqu¹à la mort au combat du Chérif Améziane le 15 mai 1912. Comme le souligne Maria Rosa de Madariaga « A partir de 1909, le mouvement de résistance à l¹occupation coloniale prend une nouvelle dimension. Avec l¹installation des entreprises minières dans le Rif, aux appels traditionnels au Djihad contre l¹envahisseur chrétien, s¹ajouta celui de la lutte contre l¹exploitation des richesses minières du pays par les étrangers. Le mouvement de résistance dirigé par Mohamed Améziane traduit bien, dès lors, la transition entre le Djihad traditionnel de défense du territoire et le passage à une nouvelle étape de la lutte anti-coloniale, même si celle-ci continue de s¹exprimer en tant que Djihad. Le chérif Mohamed Améziane demeurera présent dans la mémoire des nouvelles générations comme étant le prédécesseur de Abdelkrim Al Khattabi. » (page 79).

La guerre toujours subie par les pauvres

Le livre qui brosse un tableau sans fard des rivalités entre officiers supérieurs, montre jusqu¹à quel point les guerres du Maroc imposées par la bourgeoisie d¹affaires étaient subies presque exclusivement par les pauvres, les nantis s¹arrangeant toujours pour s¹exonérer de la conscription moyennant paiement d¹une dîme, le plus légalement du monde. Le livre passe ensuite au peigne fin les positions des différents partis politiques face aux guerres du Maroc, y compris les campagnes de dénonciation organisées à cet effet, et ce, depuis le début du siècle jusqu¹à la reddition d¹Abdelkrim en 1926. Le caractère impopulaire de ces guerres apparaît clairement tant au niveau des débats parlementaires, des articles de presse, des nombreuses désertions parmi les soldats du contingent (de l¹ordre de 20% des appelés) allant parfois jusqu¹à la mutinerie. De l¹autre côté, le contraste est frappant avec la forte motivation des résistants rifains évoluant d¹abord sur un terrain parfaitement maîtrisé tant au niveau des caprices du relief que de la localisation des points d¹eau. Et surtout confortés par une large adhésion des tribus aux mouvements de résistance très vite rejoints par les forces supplétives enrôlées dans les « Regulares » qui faisaient faux bond à l¹armée coloniale à la moindre occasion, amenant avec eux armes, munitions et savoir-faire. En 1924, la disproportion entre les forces en présence est saisissante. D¹une part une armée forte de plus de 150.000 hommes, dotée d¹une forte puissance de feu sur Terre et par Mer et d¹une couverture aérienne, aidée par les forces supplétives indigènes, certes peu fiables, sans compter l¹appui de l¹artillerie et l¹aviation françaises sur le flanc Sud. Du côté adverse, 10.000 combattants dispersés sur trois fronts dont un face à l¹armée française, se faufilant dans la nature à la faveur de l¹évolution de la situation. Aux uns l¹aviation, l¹artillerie et pour la première fois dans un conflit armée des tanks si tôt mis hors de combat par la résistance. Aux autres la sobriété, la ruse, des armes légères, la très forte motivation faisant le reste.

La société rifaine

Tournant son projecteur vers le Sud, le livre dresse plus qu¹une ébauche de l¹histoire du Rif et décrit à grands traits la réalité historique de la société tribale rifaine au début du siècle dernier. Pour mieux se situer dans le contexte historique de l¹intervention coloniale au Maroc, l¹auteur présente quelques caractéristiques de la société tribale rifaine qui reste encore largement méconnue. Elle estime que les théories sur la société berbère exposées par Robert Montagne dans son ouvrage « Les berbères et le Makhzen dans le sud du Maroc » paru en 1930, ne s¹appliquent pas à la réalité des populations du Rif. Elle lui préfère les travaux de l¹anthropologue américain Montgomery Hart et de l¹ancien Contrôleur Civil dans le Rif Central Blanco Izaga, basés sur la théorie de la « segmentarité » qui offre l¹avantage d¹éclairer certains aspects fondamentaux en matière d¹équilibre des pouvoirs dans les relations et les luttes intertribales. Même si elle reconnaît que ces thèses n¹ont pas la faveur des spécialistes marocains, elle estime que « tant qu¹il n¹en existe pas d¹autres plus convaincantes pour comprendre de manière plus rigoureuse le contexte sociopolitique rifain dans lequel s¹est déroulé l¹intervention coloniale espagnole, elles constituent à notre avis, un « bon support anthropologique » pour l¹historien, nous les ferons donc nôtres ». (page 85) Ainsi, selon Blanco Izaga, la société rifaine traditionnelle était structurée en plusieurs niveaux, avec de bas en haut : a) le foyer ou la famille nucléaire (dadart) b) la branche ascendante qui correspond à la famille au sens large (yaigou) c) le « groupe familial » (« tarfiqt ») correspondant à la lignée patriarcale d) la « jemaa » composée de plusieurs tarfiqin e) la fraction ou association de « jemaa »s voisines f) la tribu (taqbitsh) qui constitue le niveau supérieur de l¹association des fractions. Ces structures représente, à partir de la « jemaa » des entités territoriales. La « jemaa » se réfère à la notion de communauté locale bien déterminée, et constitue également l¹assemblée ou la réunion des représentants de cette communauté à laquelle s¹applique le droit coutumier. Alors que la « jemaa » n¹a pas de leader, le « tarfiqt » est coiffé par un « amghar » désigné selon un système de rotation parmi les chefs des différentes lignées. « Dans une société comme la société rifaine, où les luttes intra-tribales et inter-tribales faisaient partie inhérente du système, les décisions prises au niveau collectif revêtaient une importance particulière quand elles avaient trait à la guerre. » (page 89) . Ces réunions entre adultes d¹une fraction « habilités à défendre leurs opinions y compris par l¹usage des armes » appelées « agraou » avaient toute autorité notamment pour déclarer la guerre. « Les « leffs » ou systèmes d¹alliances de fractions au niveau tribal ou intertribal qui constituent un élément fondamental de la société tribale rifaine, se forment dès que se rompent les normes de coexistence, ou que surgit le risque qu¹un individu ou groupe n¹affirme sa prépondérance menaçant ainsi l¹équilibre de l¹entité sociale en question. » L¹équilibre pouvait être rétabli y compris par le recours à l¹alliance avec des fractions de tribus voisines. Les leffs du Rif s¹apparenteraient davantage à une série de cercles concentriques « entrelacés » structurant ainsi une « anarchie organisée ». Cette forme de « siba » que les Rifains désignaient par le terme « ripublik » comme étant « le gouvernement tribal basé sur les institutions politico sociales traditionnelles définies plus haut. »

La personnalité d¹Abdelkrim

L¹auteur s¹arrête tout particulièrement sur la personnalité emblématique d¹Abdelkrim, qui croyait encore, alors qu¹il collaborait de 1907 à 1915 comme chroniqueur au « Telegrama del Rif » puis cadi à Mélilia, au « bénéfice de l¹aide européenne et en particulier de l¹Espagne, pour sortir le Maroc de son arriération en élevant le niveau économique et culturel du pays » (page 356) jusqu¹à devenir le chef incontesté de la résistance armée rifaine. En 1915, l¹entrée en lice sur la scène internationale de la Turquie moderne a très vite suscité la sympathie de l¹intelligentsia rifaine dont Abdelkrim et son père étaient d¹éminents représentants. La politique coloniale de la carotte (pension pour le père qu¹il finit plus tard par refuser) et du bâton (emprisonnement du fils en 1915), les exactions commises par la Police indigène et la Légion et surtout la politique belliqueuse du Général Sylvestre finirent par convaincre Abdelkrim de l¹inanité de la thèse d¹une entente amiable dans le cadre d¹un Protectorat respectant la personnalité rifaine et puisant sa justification dans la « mise à niveau » du pays. Le livre fourmille de détails sur les différentes batailles livrées par les partisans à Abarran, avec la défection de la harka auxiliaire recrutée parmi les Temsaman qui vint grossir les rangs de la résistance, puis Igueriben, Anoual, Jbel Aroui. Ouvrant de nouveaux fronts à l¹Ouest dans les Jebalas et les Ghomaras en direction de Chaouen, les positions de défense tombent les unes après les autres. Sur la prise de Bni Rzin, le livre reproduit un témoignage de premier plan avec la publication du fac-similé (ci-contre) d¹une lettre manuscrite adressée par Abdelkrim à son compagnon d¹armes Azerkane, provenant des archives du ministère français des affaires étrangères. Cette lettre non datée, écrite de sa main en espagnol, langue qu¹il semble maîtriser parfaitement, et qui porte sa signature, a sans doute été rédigée vers le 20 octobre 1921 alors qu¹il se trouvait à Bni Rzin dans le pays des Ghomaras. Maria Rosa de Madariaga relève à juste titre qu¹Abdelkrim y utilise le terme « moros » pour désigner les Marocains, ce terme ne semblant pas avoir à l¹époque ou du moins chez Abdelkrim, la connotation péjorative qu¹il a acquise par la suite. Nous reviendrons dans un prochain article sur le contenu particulièrement riche et dense de cet ouvrage qui démonte la mécanique mise en ¦uvre par le « parti de la guerre » qui s¹est servi à deux reprises du tremplin des guerres du Maroc pour soumettre l¹Espagne à la dictature militaire dont la dernière fut si longue et si meurtrière pour les peuples d¹Espagne.

Voici la traduction du contenu de cette lettre (pages 378 et 379) :

« Bni Rzin »

Mon cher Azerkan : Nous nous portons très bien et nous nous préparons pour une nouvelle attaque plus importante que la précédente. Tu sais certainement ce que l¹ennemi a subi au cours de la grande bataille qui s¹est déroulée ici, puisqu¹il a abandonné sur le terrain un grand nombre de vies humaines et de matériel de guerre. La position a profité d¹un moment d¹inattention de la Harka pour recevoir un convoi de vivres après six jours de faim et de soif. Un avion a bien tenté de lui jeter, durant ces journées noires, quelques sacs de glace et de pains, mais ils sont tombés en dehors de la position. Finalement, l¹ennemi fut mis hors de combat et vaincu, laissant un grand nombre de cadavres entre les mains des moros ainsi que de nombreux fusils, des munitions, des obus de canon et deux tentes de campagne. Toute la zone a basculé. Tout ce que je te dis-là est véridique, car, comme tu le sais, je n¹aime pas l¹exagération. Ecris-moi et si tu peux te joindre à nous pour quelques jours, ce serait encore mieux. Ton ami qui t¹apprécie. Signé : M. Abdelkrim »

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